11 dic. 2011

Extrait de Zizanne à Paris



Une odeur de romarin parvient aux narines de A. Ça fait trop longtemps qu’on n’a pas humé cet arôme de romarin. Ça fait trop longtemps qu’on n’a pas savouré un bon petit plat. Depuis le dernier repas avec Z, on n’a fait que picorer. Picorer sans jamais savourer. On va suivre l’odeur de romarin et savourer le bon petit plat. On va faire ça en mémoire de Z.




Les papilles se réveillent à l’odeur du romarin et ramènent à la mémoire le temps où grand-mère cuisinait les bons petits plats. On mangera à la mémoire de grand-mère qui préparait avec amour les bons petits plats. On remerciera grand-mère pour tant d’amour déversé au temps où on ne savait pas apprécié et on ne se mordra pas les doigts pour toutes les fois où on a maugréé plutôt que de remercier. On ne reviendra pas sur le passé pour se culpabiliser de tant d’ignorance. On restera dans le présent, le romarin à fleur de papilles tel un cadeau de la vie, tel le cadeau d’une nouvelle vie. On dégustera le repas comme si Z était là. On fera honneur aux bons petits plats comme au temps de Z et on sourira aux anges.




© Denise Blais


















19 nov. 2011

Silence = mensonge?

Tu choisiras avec soin un prénom pour ton enfant. Tu t’appliqueras à lui faire oublier l’absence du père. Tu tairas ton histoire comme nous la taisons tous. Tu esquiveras les questions. Inventeras une version modifiée plus facile à raconter. Et ton enfant ne connaîtra jamais la vérité. Ne sentira que le malaise. Que de l’embarras devant les demi-vérités et les récits mensongers. Et puis, il y aura toujours la publicité pour l’aider à s’évader. Consommer pour mieux s’oublier.



Extrait de Le bonheur est-il...

17 oct. 2011

Espoir


Il y a une dizaine d'années j'écrivais ce texte qui forme partie de mon second roman.
Je me demande où nous en sommes quant à la gestion des sacs de plastique. Qué lento todo!
Parfois, un éclair de lumière me traverse et me donne envie de balayer tout le noir. Aussi quand Lou aborde des sujets aussi déprimants que celui de la vache folle, je me ferme. Je ne veux pas réfléchir à ce genre de question. J’ajuste mes oeillères et je songe tranquillement au bébé à naître de Crissy. Je refuse de penser à la planète que nous sommes en train de massacrer à coup de sacs de plastique. Chaque fois que j’achète une gomme balloune, quelqu’un pour l’enfouir sous des mètres de plastique sans me consulter! JE N’AI PLUS BESOIN DE SACS!
Je ne veux pas porter le poids d’une planète qui se meurt. Moi aussi, je préfère fermer les yeux. Fermer les yeux et économiser l’électricité. J’ai souffert de pauvreté pendant si longtemps que je refuse maintenant d’être victime de la richesse d’une population si libre qu’elle se croit tout permis. Je me contente d’éteindre l’électricité derrière Lou qui oublie toujours de le faire et de refuser le sac qu’on me tend si innocemment quand je lui rapporte le paquet de cigarettes qu’il a oublié d’acheter. Je m’en tiens à quelques gestes élémentaires et je refuse les discours sur la couche d’ozone et sur les OGM. Si j’y réfléchis trop longtemps, je vais me tuer... Pour une fois que j’ai envie de vivre!


© 2009 Denise Blais

25 jul. 2011

Never more



Never more

Never Never

Never more

More More More

Et ça recommence

Encore un autre

Un autre de ta sorte

Un autre de ton espèce

Un autre de l’espèce humaine


Never more

Never Never

Never more

More More More

Je te cherche

Et ne te trouve pas

La danse recommence


Never more

Never Never

Never more

More More More

Je regarde ton visage

J’y cherche la perfection

J’y trouve la tourmente

Et je n’en veux plus

Je ne veux plus de la tourmente

Never more

Never never


Ô mon amour

Ne plus avoir peur

Ne plus avoir faim

Ne plus

Ne plus vouloir plus


Amour

Tu es là et je te prends

Tu es là et je te vois

Je te reconnais enfin

Amour

Amour

Amour

Mour Mour Mour




11 jul. 2011

Mi guiño a Don Vicente Blasco Ibañez


Presentación 7 de julio de 2011 a las 7 de la tarde, casa museo Blasco Ibañez

¿Dónde está Blasco Ibañez?
Perdone, ¿me puede decir dónde está Blasco Ibañez por favor?
Querido Blasco Ibáñez, espero que perdone mi cultura básica de ciudadana del mundo, pero Usted fue para mí una avenida antes que un gran escritor. Lo siento mucho pero así son las cosas. ¿Cómo se siente uno cuando se convierte en una avenida concurrida?
¿Cómo se siente uno cuando desde el más allá observa los coches recorriendo su cuerpo y oye su nombre repetido miles de veces por los peatones y conductores impacientes que no tienen tiempo para leer? pues hay que irse de compras.
Querido Blasco Ibáñez, permítame quedarme a su lado un momento y observar la vida del siglo XXI. Mire, allí está aquel escritor francés, cuyo nombre no recuerdo, que alucinaba con los primeros coches que iban por París, imaginándose cómo sería la vida cuando la ciudad estuviera llena de esos bichos raros... ¿Podía él imaginarse que todos irían como locos en sus coches, en sus carreras hacia la muerte, para ir a comprar lo más novedoso, ser los primeros en comprar lo más novedoso, lo más más novedoso? ¿Quién podía prever que se haría cola durante horas y días para comprar lo que dicta el mercado? Comprar y pagar, comprar más y pagar menos, enseñando orgulloso, orgullosa, la tarjeta plástica de la felicidad. Aquel escritor francés quizás sí que podía llegar a ver los coches multiplicados por cien, por mil, por millones, pero, seguro que no podía oír el ruido continuo de esos coches en su querido París. Tampoco podía llegar a imaginar que todos esos coches se irían de compras, se llenarían de objetos inútiles y volverían a casa felices y vacíos.
Querido Blasco Ibáñez, acabo de aterrizar en el siglo XXI otra vez y me están informando que hay unos cuantos alumnos de bachillerato que están buscando su nombre de Usted en la Wikipedia para un trabajo de fin de curso. Dicen que lo sienten mucho pero que eso de tomar tiempo para leer una novela de trescientas páginas es una locura hoy en día.
Querido Blasco Ibáñez, gracias por acogernos en su casa para disfrutar de la poesía.
Queridos organizadores, gracias por invitarme a participar en este evento.
Querido público, gracias por asistir.

29 jun. 2011

Érase una vez / Il était une fois

Érase una vez

Rabia

Lucha

Tristeza

Érase una vez

Más rabia

Más venganza

Más tristeza

Érase una vez

Érase una vez

Érase una vez


Basta ya

Nacer

Cantar

Bailar

Nacer

Sonreír

Vivir


Ser una vez

Alegría

Alegría

Alegría




Il était une fois

Colère

Lutte

Tristesse

Il était une fois

Il était une fois

Il était une fois


Assez

Naître

Chanter

Danser

Naître

Sourire

Vivre


Être une fois

La joie

La joie

La joie





J'ai dû tricher un peu avec la traduction. Beaucoup plus facile d'écrire directement le texte que de traduire. Le texte original était en espagnol.

8 jun. 2011

Le ciel non plus je ne pouvais pas le peindre

Extrait de Le ciel non plus je ne pouvais pas le peindre, disponible dans toutes les bonnes bibliothèques.
Merci à Madame Francine Vernac pour avoir cru en mon talent.


La maladie, c’est toujours la perte de sa dignité. Les sales blancs veulent vous empoisonner parce qu’ils ne désirent pas de collègues cum conscience et dignité parmi eux. Eux, il ne leur reste plus rien. Seulement la peur qu'un jour il n'y ait plus de chèque, parce que toute leur dignité réside dans quelques chiffres de rien du tout. Les grands-pères avaient l'amour de leur simple métier. Les pères n'ont pas su transmettre cet amour-là. Maintenant, les 100 blancs ont des fonctions et c'est tout ce que ça leur prend pour se dire humains. Ils mettent toute leur dignité dans des chiffres vides et sans couleurs, oubliant chaque jour d’enfiler leur sourire. Ne trouvez-vous pas que les machines sont souvent plus humaines que les humains qui agissent en robot? Il faudra régler tout ça avant de partir, Docteur Feller, parce que ça ne peut pas continuer. Tout le monde est malheureux. Ceux qui ont la conscience ont le devoir de faire quelque chose.
Le ciel non plus je ne pouvais pas le peindre, Denise Blais, Éditions Le Loup de Gouttière, 1999, p.108

30 may. 2011

François


Pas d’étoile au firmament

La France m’envoie un François

Bienvenue entrez faites comme chez vous

On parle folklorique et musique

Zique, zique, zique

On évite littérature

Schschschschsch

Van Gogh et Picasso au galop


François est mort vive François

On m’envoie un autre François


Ça recommence

Musique folklorique

Schschschschshcsch!

Picasso et Rodin au besoin


Derrière tous ces palabres anodins

Le point de fuite toujours le même

Le triangle maudit


Venez, n’allons pas danser

Mourons ensemble dans la clairière abandonnée

Abandonnons les corps et les émois

Ne restons pas là


Fuite maudite

Triangle éternel

Dieu n’est pas mort


François est mort

Ascension fulgurante

Petit nuage de fumée envolée


Société infernale

C’est elle qui l’a tué

Ventre troué

Assassiné

Délivrance ultime

Enfin le coma, la joie

Partir, enfin


François est vivant

Il parcourt l’appartement

Il le prend, il l’achète, il le vend

François rit, il est bien vivant


De petites rides se sont creusées autour de ses yeux bleus

Il a souri malgré le suicide

Il a les rides d’un homme de quarante ans

Mais n’en a que trente

François a survécu au suicide du père

François croit à l’exil en pays lointain


J’accueille tous les François de la terre

Et je leur fais visiter

Bienvenue sur la planète Terre


Comme elle est petite

Comme elle n’est pas grande

Je sais, je sais

On s’imagine

On imagine toujours autre chose

La façon dont le Petit Prince en parlait

Je sais, je sais

Il faut s’habituer, c’est tout

Vous vous habituerez vous aussi

Vous vous habituerez, François

Et puis, un jour, on l’aime et on ne veut plus la quitter


Je n’ai rien choisi du tout

Ni la maison

Ni la couleur des murs

Ni la forme des pièces

Ni les voisins

Ni rien du tout

Et le voisin a choisi de m’ignorer

Enfin, lui, croit qu’il a tout choisi

Lui a tout

Et moi, rien


La roue tourne

Et je m’ennuie de toi, François

De cette unique nuit

Où nous avons ri comme des fous


Nous avons épuisé le rire

Il en est mort

Et l’enfant n’aura jamais connu son père


Toi, si vivant, si près de la mort

Toi dans le lit ricaneur

Parce que la boule ne peut plus être sérieuse

Que s’est-il passé?


La boule qui redevient sérieuse

Qui passe de la gorge à l’estomac


La boule qui prend toute la place

Qui anéantit tout

L’espoir qui disparaît

Le recours à l’efface-mémoire

La noyade à l’eau-de-mort


François mon amour d’une nuit

Je n’aime pas l’idée de ta disparition

Je m’y ferai, c’est tout


Entrez, entrez, oui, oui, c’est bien ici

C’est ici qu’on joue toute la vie

À gauche, Nintendo

À droite, jeux de guerre au laser

Copulation interdite pour raison d’hygiène et de santé

Ici, cartes, bingo, loterie

Là, échecs, échecs, échecs

C’est bien ici qu’on s’amuse ferme jour et nuit


François, comment c’est là-bas?

L’enfer c’est la terre

Je n’entends pas

Qui a parlé?


Tous les François de la terre

Par ici le paradis

C’est gratuit

Pas besoin de numéro

Seulement garder le rang

Tout le monde sera content


François mon amour d’une nuit

Donne-moi des nouvelles

Mon amour de toute une petite vie

Je t’embrasse par-delà la grande nuit

Et je t’aime

Même si on ne sait pas ce que ça signifie


Toute la terre est verte

Et toi, tu es parti


Des chapeaux pour tout le monde

Le soleil frappe fort

Et le gagnant de ce magnifique condo

Est...

François!

Bravo François! À droite la piscine

À gauche le garage, en bas le gazon, en haut le ciel


François de la terre

C’est beau la vie, on dit

Mon corps meurt de le croire tellement fort

Et le tien est parti


Par ici, par ici, la fête n’est pas finie

Qui aura l’honneur de gagner le premier séjour sur la Lune?

Attention, les jeux sont faits

Et le hasard tombe sur...

François

Bravo François! Un magnifique voyage pour deux sur cette merveilleuse planète


Tout mon corps crie

Ne t’en va pas!

Il est trop tard

Tu es déjà mort


Et pour tous les autres François

Des billets gratuits

Pour la grande roue de la vie

Approchez, approchez

Tout est gratuit aujourd’hui


Bientôt n’y aura plus que mon silence

Et tous leurs cris


Et maintenant pour les petits

Une offre toute spéciale

Par ici, les amis

Tous main dans la main

Mc’dodo va vous raconter une petite histoire

Et vous allez tous très bien dormir ce soir


Le ciel est plein d’étoiles

La Terre nous envoie un Terrien

Bienvenue entrez faites comme chez vous

Folklorique et musique

zique, zique, zique

Littérature et peinture

Schschschschschschsch

Zique, zique, zique,

Schschschschschsch

Zique, zique,zique, shcschschschsch


©Denise Blais

Montréal, mai 1998

11 may. 2011

Extrait de mon premier roman


Extrait de Le ciel non plus je ne pouvais pas le peindre, disponible dans toutes les bonnes bibliothèques.
Merci au Loup de Gouttière pour avoir cru en mon talent.

L'amour ce n'est jamais des mots
Mon père va venir me chercher. Il va venir. Nous irons dans le parc nous balancer de tout ce monde qui ne tourne pas rond. C'est un vrai cercle vicieux. Même les carrés sont vicieux. Et les carrés commencent à être plus vicieux que les cercles. Je vais en parler à mon docteur. Non! je n'en parlerai pas à mon docteur parce que je n'ai pas de docteur qui m'appartienne et je n'en veux pas. Il faut toujours dire le docteur, jamais mon docteur. Mon père ce n'est pas pareil. Il vient avant moi et je suis là à cause de lui. Mais Feller n'est pas mon docteur. Il n’est qu’un pauvre docteur parmi tant d’autres qui se ressemblent tous et qui cultivent les mêmes problèmes toute la journée derrière leur grand bureau. Ne veulent même pas dire leur prénom quand on leur demande. Ils en ont honte, ils n’ont pas l’air de se rendre compte que tout finit toujours par se savoir. Je sais déjà que le prénom de Feller est Donald. Il a raison de le cacher. À sa place, j’essaierais aussi de camoufler mon Feller de nom. S'il a un problème d'identité, c'est son affaire. Moi, je me mêle toujours de mes affaires. C'était le principe de mon père, et c'est un bon principe. Ça existe de moins en moins, les principes. On voit ce que ça donne. Une bande de moutons. Je ne veux pas être une moutonne. Ils ne comprennent pas qu'on peut s'écoeurer de vivre comme le troupeau. J'en ai marre de leur moutonnerie. Mon père non plus n’a jamais aimé les moutons. Il avait 33 ans quand il a déserté. Et moi à peine 6. Je n'aime pas ce chiffre, c'est un chiffre qui porte malheur. Mes préférés, ce sont 2, 4, 7 et 9, et 0 bien sûr. Avec ces cinq chiffres, on peut faire les plus belles phrases. Le 9, il faut faire attention de ne pas le mettre à l'envers. Le 0, on peut le mettre dans tous les sens. 0, on ne sait pas si c'est le début ou la fin, personne n'a jamais pu me répondre avec certitude là-dessus. Je le mets toujours à la fin. 0 c'est comme la pleine lune, c'est la perfection. C'est vrai, on n'a pas besoin de pratique pour bien faire ce chiffre-là. C'est un chiffre inné, tout le monde peut le faire. Le 3 est difficile à apprendre, la plupart des gens n'ont jamais réussi à faire de beaux 3. Le 2 est un peu plus facile. Pas beaucoup. Il ne faut pas croire que l'envers de 6 c'est 9, ça n'a rien à voir. 6 c'est un chiffre qui porte malheur, 9 c'est le bonheur. 99 c'est un instant avant d'atteindre deux 0. Et 999 999 999, c'est le plus beau mais personne ne peut l'atteindre. Personne! 0, ça ne peut pas être la nullité, c'est toujours la perfection. Comme les pyramides. 0, c'est la première lettre de l'alphabet, la dernière aussi, comme dans Zéro.Le ciel non plus je ne pouvais pas le peindre, Denise Blais, Éditions Le Loup de Gouttière, 1999, p.27-29

29 mar. 2011

Ils vécurent heureux ou non?


Ce micro-récit a été écrit dans le cadre du Concours de nouvelles de Radio-Canada, 2011.

13 février, 6hAM. Dix ans de on-va-chez-toi-ou-chez-moi et jamais l’ombre d’une fleur ou d’un parfum! C’en est assez ! Marianne allonge le bras et cherche à tâtons le précieux portable sur la table de chevet. Fiévreusement, elle tape : « Je ne supporte plus ton absence de romantisme. C’est terminé ! » Voilà, c’est fait ! Il comprendra ! Imaginant son Patrick les bras chargés de roses, Marianne se rendort tranquillement.

14 février, 21h. Pas de fleurs ! Pas de messages ! Pas de Patrick ! Ça ne lui ressemble pas. Ce n’est pourtant pas la première fois qu’elle utilise la technique du C’est terminé avec lui, technique qui a toujours donné d’excellents résultats. Il aurait préféré abandonner la relation plutôt que de faire ce tout petit compromis ?

22h. Déboussolée, Marianne enfile son manteau et se dirige vers leur café, sachant que l’homme n’y sera pas puisqu’il travaille à l’autre bout de la ville. Une fois assise à leur table, Marianne commande l’habituel café, essayant de dissimuler sa mauvaise humeur. Promptement, le serveur réapparaît avec son café et un grand vase rempli d’eau. « C’est de la part de Patrick. », dit-il. « Qu’est-ce que ça signifie ? », demande Marianne. « Il a aussi laissé cette enveloppe. » Elle prend l’enveloppe, l’ouvre rapidement, et lit : « Les fleurs se fanent, reste l’eau. L’eau de ton corps, l’eau de mon cœur. Les larmes ne sont que de l’eau. Ô source de vie. »

22 mar. 2011

Después del tsunami / After tsunami


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Érase una vez un hombre que había nacido muy bajito. Sin embargo, aunque fuera bajito, ese hombre se veía muy alto y, sobre todo, muy importante. Como estaba convencido de que era más importante que todos sus vecinos y vecinas, que todos los vecinos de los países de los alrededores, decidió pegar su nombre en cada trocito de tierra. Por lo tanto, contrató a millones de obreros que tenían la misión de pegar su nombre en cada trocito de tierra. Los obreros trabajaban largas horas y el sueño del hombre ambicioso se iba haciendo realidad. Cuando miraba su finca, cuando viajaba por el mundo, podía ver su nombre repetido millones y millones de veces y, eso, a él le encantaba. Pensaba que ya nadie podría atreverse a decir que era un don nadie. Por fin se podía ir a la cama convencido de su grandeza, de su poder y de su importancia. Sin embargo, un día hubo un terremoto enorme y desaparecieron millones de nombres. El día siguiente, un tsunami se llevó gran parte de los nombres que los obreros habían pegado tan cuidadosamente por toda la tierra. El hombre estaba destrozado, y aunque maldijera el terremoto y el tsunami, el trabajo hecho por los obreros igualmente se había perdido. ¿Cómo iba a reaccionar el hombre ante tales catástrofes? Pues, como era un hombre valiente y, sobre todo, testarudo, contrató a millones de obreros para que pegaran su nombre en cada trocito de tierra.

Este cuento forma parte de Viaje en blanco y azul

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1 mar. 2011

Bailamos / Shall we dance?

Dibujo: Blanca Rosa Pastor Cubillo


Texto creado por La Partida, proyecto con grupo de escritores y artistas visuales.

Exposición colectiva presentada en Ca Revolta, Valencia, octubre de 2009.



En tus ojos vi el punto de partida.

Era un punto que se dibujaba desde hace tiempo.

Era una partida que se preparaba desde hace mucho tiempo.


Me dejé fluir en tu mirada. Me abandoné en tus brazos.


Te olvidaste de las antiguas luchas de poder.

Me olvidé de la sumisión y de los antiguos miedos.

Tomaste toda tu fuerza de hombre, tomé toda mi fuerza de mujer.


Y empezamos a dibujar un nuevo punto de partida.


Guiados por tu maravilloso sentido de la dirección,

Guiados por mi maravillosa intuición,

Partimos rumbo a la nueva pareja.


Confiando en tu fuerza, confiando en mi fuerza,

Aceptamos la ignorancia de la nueva pareja.


Paso a paso, descubrimos el nuevo camino.


Tu fuerza juntándose con mi fuerza, la vida se hace fácil y bella.


Compartiendo cada instante de puro amor, de pura aceptación,

Nos olvidamos de los antiguos sueños.


Tú en tu belleza de hombre. Yo en mi grandeza de mujer.

Bailamos ese baile que tanto anhelamos.


Bailamos

Bailamos

Bailamos



©2009






8 feb. 2011

¿Violencia de género?


Escribí este texto en 2008 para un concurso titulado Carta abierta a un maltratador.
Querido maltratador,
Me gustaría darte las gracias. Sé que mi agradecimiento parecerá extraño a más de uno, sin embargo, la vida me ha enseñado a dar las gracias por el dolor que me permite crecer como persona. He aguantado durante muchos años tus malos tratos, pero afortunadamente al final he tenido la fuerza de ponerles fin. No sé cómo he podido quedarme atrapada tantos años en algo que no era bueno para mí. Tampoco sé cómo encontré la fuerza para salir de allí.
Ni tú ni yo hemos recibido todo el cariño y el apoyo que nos esperábamos de niños. Tanto tú como yo hemos crecido en familias donde expresar cariño no era algo normal. Hemos aprendido a ir por la vida como perros a la espera de una caricia. Por haber carecido tanto de cariño, hemos llegado a estar dispuestos a cualquier cosa por un gesto cariñoso. Y cuando digo: “estar dispuestos a cualquier cosa”, mira a qué extremo habíamos llegado…
Han pasado muchos años desde que me separé de ti y ahora puedo ver cómo funciona todo eso y cómo uno puede llegar a situaciones tan extremas. Veo lo herida que estaba y lo poco que me amaba a mí misma. También veo que a ti te pasaba exactamente igual, ya que hemos crecido en entornos similares.
Ya no te odio. Han pasado muchos años y el tiempo me ha permitido ver que me venía bien quedarme en el papel de víctima y dejarte el rol de agresor. Me venía bien complacerme en el pobre de mí y no responsabilizarme de nada. Me venía bien tener a mi lado alguien que me gritara que no valía nada ya que era lo que opinaba de mí misma para mis adentros. Fíjate, prefería aguantar los golpes y los insultos a levantarme y tomar las riendas de mi propia vida. Prefería esperar a que tú cambiases. ¡Cuántos años pasé soñando que llegarías a ser ese hombre amoroso y cariñoso que esperaba! Prefería soñar y esperar un milagro en vez de hacer yo un paso que pudiera cambiar mi vida. Quería que cambiases tú y no tener que hacer nada yo.
Hasta que un día me encontré con alguien que me enseñó que el cambio sólo lo podía hacer yo misma.
He recorrido un camino muy largo desde entonces. He crecido mucho. He aprendido a tomar mis responsabilidades sin temerlas tanto como antes. Sobre todo he aprendido a amarme y a atenderme. He encontrado por fin el cariño que estaba enterrado muy dentro de mí, por debajo del dolor y de las heridas. Y ¿sabes qué? Desde que he encontrado este tesoro, ya no estoy a la espera de que alguien se preocupe por mí o me ame. Incluso puedo recibir el cariño de la gente que me rodea.
No sé cómo estarás tú, hace años que no sé nada de ti. Espero de todo corazón que hayas llegado a sanar tus heridas hasta poder abandonar el papel de maltratador y convertirte en ese hombre cariñoso y amoroso que me hacía tanta ilusión llegar a conocer.
Estés donde estés, querido hombre, te deseo lo mejor. A mí me parece un milagro poder disfrutar de la vida tal como lo estoy haciendo ahora. Jamás pensé que pudiera llegar a estar rodeada de gente que me tratara con cariño y amor. Jamás pensé que, un día, pudiera vivir en una casa bonita y ordenada donde se respira armonía. Y eso es lo que te deseo a ti y a todos los seres humanos: una casa bonita, ordenada, donde se respire paz, amor y armonía. Espero que todos, mujeres y hombres, cultivemos y reguemos a diario ese amor que todos llevamos dentro para que nuestros hogares y nuestro planeta crezcan y florezcan hasta llegar a ser ese lugar donde se vive en el respeto.
Un abrazo fuerte