1 dic. 2013

40

Tu te souviens d'Agaguk?

Tu te souviens des lectures obligatoires?


Tu te souviens que «lire» et «obliger» sont des verbes qui ne vont pas ensemble?

21 nov. 2013

39

Tu te souviens de ton premier mariage?

Tu te souviens de la bague au doigt, de ce que cela signifie?


Tu te souviens du temps où l'on se mariait pour la vie?

27 oct. 2013

38

Tu te souviens que la Nouvelle-France s'étendait de la Louisiane à Terre-Neuve et comptait à peine 20 000 âmes il y a quelque trois cents ans?

Tu te souviens des coureurs des bois?

Tu te souviens du pouvoir de l'Église?

20 oct. 2013

37

Tu te souviens de ta grand-mère paternelle?

Tu te souviens des treize enfants autour de la table?

Tu te souviens des rires des enfants?

12 oct. 2013

36

Tu te souviens de l'autobus jaune qu'il ne fallait pas manquer?

Tu te souviens que lorsque ton béguin montait à bord, ça changeait tout?

Tu te souviens qu'entre le saut du lit et la chaleur du bus, il fallait affronter le froid comme un ennemi et que la seule arme était de faire vite?

10 oct. 2013

35

Tu te souviens du bonhomme sept heures?

Tu te souviens quand les grands te faisaient marcher?


Tu te souviens qu'à seize ans ta mère était maîtresse d'école?

6 oct. 2013

34

Tu te souviens du jeu de la bouteille et du frisson qui montait en toi rien que d'imaginer?

Tu te souviens des popsicles à l'orange et trois couleurs?


Tu te souviens que les vacances d'été étaient interminables?

17 ago. 2013

Rencontre

L’homme prend la main de la femme dans la sienne. La femme accepte la main de l’homme comme un cadeau que le ciel lui envoie. Comme un cadeau éphémère. Un cadeau de l’instant. Puisque tous deux savent qu’ils n’ont encore aucune obligation l’un envers l’autre, puisque tous deux savent qu’ils sont libres de partir ou de rester, l’homme et la femme décident de s’attarder un instant de plus dans cette étreinte de leurs mains. La main de la femme dit : Je reste encore un peu parce que je suis bien près de toi. La main de l’homme murmure : Reste encore un peu. Puisque tu ne me demandes rien, j’ai envie de tout te donner. Alors l’étreinte se prolonge un petit moment, juste ce qu’il faut pour que l’homme sache que la femme est bien près de lui, juste ce qu’il faut pour que la femme sache qu’elle peut compter sur l’homme et que celui-ci ne l’abandonnera pas à la première occasion. Puis, ils se séparent. Chacun retourne à sa propre vie, à ses propres affaires. L’homme est très occupé et a peu de temps pour penser à la femme. Il lui arrive tout de même de se rappeler la douceur de sa main dans la sienne. La femme, à cause de l’éducation qu’elle a reçue, s’imagine déjà une histoire d’amour avec l’homme ; il est le prince charmant qu’on lui a promis ; il sera le père de ses enfants.

Une nouvelle rencontre se dessine. L’homme est nerveux. Il se demande si elle viendra, si elle n’aura pas préféré sortir avec un autre. La femme craint qu’il ne soit qu’un séducteur qui préfère flirter plutôt que d’aimer. Tous deux ont peur des révélations que leur feront leurs corps. Cependant ils se soumettent docilement au destin, à la Vie, qui les a fait se croiser parce que la femme a désiré apprendre à danser, parce que l’homme est maître de ballet. Alors, malgré leurs peurs, ils offrent leurs corps à la danse.

Lorsque l’homme pose sa main sur la ceinture de la femme, il le fait avec le plus grand des respects. Lorsque la femme pose sa main sur l’épaule de l’homme, elle le fait avec le plus grand des respects. Lorsque la musique les envahit et leur dicte le rythme, l’homme et la femme s’y soumettent pleinement. Dans ce moment de la rencontre, ils cessent d’être des individus que le moindre soubresaut fait trembler. Dans cet instant de la rencontre, ils s’abandonnent au plaisir de la musique qui marque leurs pas. La musique conduit l’homme qui conduit la femme qui accepte de se laisser conduire. Dans cet instant de la rencontre, ils n’ont plus peur, ils sont. Sont totalement présents à la Vie qui leur est donnée, au plaisir de la rencontre.

Puis, la musique prend fin, et il leur faut se séparer une fois de plus. Ne savent pas ce que la Vie attend d’eux. Ont peine à comprendre la sensation qu’ils ont de déjà se connaître. Ont peine à comprendre cette parfaite harmonie de leurs corps qui dansent comme s’ils avaient des siècles de pratique alors qu’ils viennent tout juste de se rencontrer. La Vie ne leur dit pas ce qu’elle attend d’eux, elle leur demande seulement d’entrer dans la danse, de ne faire qu’un avec elle, et d’aimer chaque mouvement et chaque instant de cette danse. La femme se soumet humblement au désir et à la peur qui traversent son corps lorsque l’homme l’enlace de plus près. L’homme accepte humblement de se laisser guider par la musique plutôt que par ses peurs. Et la Vie les sépare une fois de plus. L’homme et la femme se remercient mutuellement, se disent au revoir, sans savoir s’ils se reverront.


L’homme est troublé par leurs corps qui s’emboîtent trop parfaitement. Il songe à toutes les femmes qu’il a aimées, à toutes les souffrances qu’il a traversées avec elles. Il a peur de répéter les mêmes erreurs, de vivre les mêmes souffrances ; il attend la douleur, il sait qu’elle viendra. Cependant elle ne vient pas. Parce que cette femme ne lui demande rien qu’il ne peut donner, la douleur ne vient pas. Parce que la femme n’attend plus de miracles de la part de l’homme, elle ne souffre pas. L’homme et la femme sont déboussolés : ils attendent la douleur mais ne la rencontrent pas.

15 jul. 2013

François

Pas d’étoile au firmament
La France m’envoie un François
Bienvenue entrez faites comme chez vous
On parle folklorique et musique
Zique, zique, zique
On évite littérature
Schschschschsch
Van Gogh et Picasso au galop

François est mort vive François
On m’envoie un autre François

Ça recommence
Musique folklorique
Schschschschshcsch
Picasso et Rodin au besoin

Derrière tous ces palabres anodins
Le point de fuite toujours le même
Le triangle maudit

Venez, n’allons pas danser
Mourons ensemble dans la clairière abandonnée
Abandonnons les corps et les émois
Ne restons pas là

Fuite maudite
Triangle éternel
Dieu n’est pas mort

François est mort
Ascension fulgurante
Petit nuage de fumée envolée

Société infernale
C’est elle qui l’a tué
Ventre troué
Assassiné
Délivrance ultime
Enfin le coma, la joie
Partir, enfin

François est vivant
Il parcourt l’appartement
Il le prend, il l’achète, il le vend
François rit, il est bien vivant

De petites rides se sont creusées autour de ses yeux
François a survécu au suicide du père
François croit à l’exil en pays lointain

J’accueille tous les François de la Terre
Et je leur fais visiter
Bienvenue sur la planète Terre

Comme elle est petite
Comme elle n’est pas grande
Je sais, je sais
On s’imagine
On imagine toujours autre chose
La façon dont le Petit Prince en parlait
Je sais, je sais
Il faut s’habituer, c’est tout
Vous vous habituerez vous aussi
Vous vous habituerez, François
Et puis, un jour, on l’aime et on ne veut plus la quitter

Je n’ai rien choisi du tout
Ni la maison
Ni la couleur des murs
Ni la forme des pièces
Ni les voisins
Ni rien du tout
Et le voisin a choisi de m’ignorer
Enfin, lui, croit qu’il a tout choisi
Lui a tout
Et moi, rien

La roue tourne
Et je m’ennuie de toi, François
De cette unique nuit
Où nous avons ri comme des fous

Nous avons épuisé le rire
Il en est mort
Et l’enfant n’aura jamais connu son père

Toi, si vivant, si près de la mort
Toi dans le lit ricaneur
Parce que la boule ne peut plus être sérieuse
Que s’est-il passé?

La boule qui redevient sérieuse
Qui passe de la gorge à l’estomac

La boule qui prend toute la place
Qui anéantit tout
L’espoir qui disparaît
Le recours à l’efface-mémoire
La noyade à l’eau-de-mort

François mon amour d’une nuit
Je n’aime pas l’idée de ta disparition
Je m’y ferai, c’est tout

Entrez, entrez, oui, oui, c’est bien ici
C’est ici qu’on joue sa vie
À gauche, jeux vidéos
À droite, jeux de guerre au laser
Copulation interdite pour raison d’hygiène et de santé
Ici, cartes, bingo, loterie
Là, échecs, échecs, échecs
C’est bien ici qu’on s’amuse ferme jour et nuit

François, comment c’est là-bas?
L’enfer c’est la terre
Je n’entends pas
Qui a parlé?

Tous les François de la Terre
Par ici le paradis
C’est gratuit
Pas besoin de numéro
Seulement garder le rang
Tout le monde sera content

François mon amour d’une nuit
Donne-moi des nouvelles
Je t’embrasse par-delà la grande nuit
Et je t’aime
Même si on ne sait pas ce que ça signifie

Toute la Terre est verte
Et toi, tu es parti

Des chapeaux pour tout le monde
Et le gagnant de ce magnifique condo
Est...
François!
Bravo François! À droite la piscine
À gauche le garage, en bas le gazon, en haut le ciel

François de la Terre
C’est beau la vie, on dit

Par ici, par ici, la fête n’est pas finie
Qui aura l’honneur de gagner le premier séjour sur la Lune?
Attention, les jeux sont faits
Et le hasard tombe sur...
François
Bravo François! Un magnifique voyage pour deux!

Tout mon corps crie
Ne t’en va pas!
Il est trop tard
Tu es déjà parti

Et pour tous les autres François
Des billets gratuits
Pour la grande roue de la vie
Approchez, approchez
Tout est gratuit aujourd’hui

Bientôt n’y aura plus que mon silence
Et tous leurs cris

Et maintenant pour les petits
Une offre toute spéciale
Par ici, les amis
Tous main dans la main
Mc’dodo va vous raconter une petite histoire
Et vous allez tous très bien dormir ce soir

Le ciel est plein d’étoiles
La Terre nous envoie un Terrien
Bienvenue entrez faites comme chez vous
Folklorique et musique
zique, zique, zique
Littérature et peinture
Schschschschschschsch
Zique, zique, zique,
Schschschschschsch
Zique, zique,zique, shcschschschsch




Denise Blais
Montréal, mai 1998

5000

5000 visitas - Le cap des 5000 visites vient d'être franchi

Gracias a ustedes, visitantes de España, Canadá, Quebec, Francia, Estados Unidos, Alemania, Rusia, Holanda, Inglaterra, Argentina...

Merci à vous, lectrices et lecteurs silencieux


Thank you for your interest in my work


20 may. 2013

33


Je me souviens de l'attente.

Je me souviens de l'attente qui dure des mois.

Je me souviens de l'attente qui dure des siècles. Un matin, un rayon de soleil entre par la fenêtre. Le printemps reviendra. Et le printemps revient.

15 may. 2013

32



Je me souviens de l'expression «né pour un p'tit pain».

Je me souviens de la misère noire.

Je me souviens qu'il est possible de renoncer à ça.

31 ene. 2013

31

Je me souviens du Centre national des arts (CNA) à Ottawa, de la première fois que j'y ai mis les pieds, de mon sentiment de ne pas avoir droit à cette abondance.

Je me souviens du tandem Tremblay-Brassard.

Je me souviens des Franco-Ontariens et des Acadiens.

6 ene. 2013

30

Je me souviens de L'écriture ou la vie de Semprun.

Je me souviens de la "lecture de rayons" à la bibiothèque Frontenac. Je me souviens que les dernières lettres de l'alphabet me rendaient toujours mal à l'aise, tout au bas de la dernière étagère, section Romans, se trouvaient Woolf et Yourcenar.

Je me souviens de la neige et de la sloche, boulevard Maisonneuve.

3 ene. 2013

29

Je me souviens que je suis partie en claquant la porte et qu'il est tout à fait sain d'exprimer sa colère en claquant une porte.

Je me souviens d'un oreiller, tête mi-homme, mi-ange sur cet oreiller.

Je me souviens du Porté disparu.